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justice, paix et création: thèmes de préoccupation
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  • Modification du climat

    Le Conseil œcuménique des Eglises se préoccupe de la modification du climat depuis 1990, lorsque la communauté scientifique a déclaré qu’il s’agissait là de l’un des problèmes sociaux et écologiques les plus graves de notre époque qui touche l’ensemble de la création.

    Lors du Sommet de la terre à Rio en 1992, on a formé un Groupe de travail du COE sur la modification du climat, qui comprend des représentants de chaque région. Depuis, ce Groupe constitue un élément clé du programme du COE sur la modification du climat.

    Du point de vue œcuménique, si la modification du climat d’origine humaine s’accélère, c’est essentiellement à cause du style de vie axé sur la consommation qui est pratiqué dans les pays industrialisés riches et par les élites prospères du monde entier, alors que ses conséquences vont toucher avant tout les pays les plus pauvres, les petits Etats insulaires et les générations futures. C’est pourquoi la modification du climat est une question de justice entre les pays et entre les générations.

    Dans la situation actuelle et malgré les progrès accomplis (Protocole de Kyoto), le processus international de négociations doit faire la preuve de son efficacité, faute de quoi il sera voué à s’effondrer. C’est pourquoi le travail sur la modification du climat conserve une importance primordiale.

    Réflexion éthique et théologique: l’atmosphère est donnée à tous

    Comme la vie est un don de Dieu, l’atmosphère, condition essentielle de sa manifestation et de son maintien, peut être aussi considérée comme un don céleste de la grâce et de l’amour accordé à la création tout entière. Par ce don a été instauré un équilibre et une interdépendance subtils entre les divers organismes vivants et la composition spécifique de l’atmosphère.


    Les petits Etats insulaires sont particulièrement menacés par le réchauffement de la planète

    + Documents, références et liens sur la modification du climat

    + Climate justice for all: Déclaration (seulement en anglais) de la Conference des Nations Unies sur le climat, Nairobi COP12/MOP2) (17.11.06)

    Dans cette perspective, la protection de l’atmosphère est à la fois une responsabilité morale et une réponse spirituelle à l’invitation divine faite à l’humanité de contribuer à la création d’un monde plus habitable. Ainsi, la spiritualité consiste à vivre dans la gratitude et l’émerveillement face à la richesse vivifiante de la création, dans un sentiment de profond engagement en faveur de toute la vie et de la nature, créées par Dieu, et d’indignation sincère face à tout ce qui menace cette richesse.

    L’engagement des Eglises en matière de modification du climat est inspiré par l’écoute attentive des personnes les plus vulnérables et les plus marginalisées et constitue leur réponse à l’appel prophétique à la justice et à la transformation. Les expériences des populations touchées et le témoignage biblique au Dieu de vie nous incitent à affirmer que notre responsabilité morale doit être guidée par l’amour de Dieu pour la vie et par les principes de justice, de responsabilité, de solidarité et de viabilité.

    La contribution spécifique des travaux œcuméniques sur la modification du climat aux efforts concertés de nombreux milieux – scientifiques, dirigeants politiques, entreprises commerciales et ONG – consiste dans son analyse éthique et morale, fondée sur le consensus toujours croissant au sujet des causes et de l’évolution du changement climatique.

    L’urgence de la menace que constitue la modification du climat exige que notre génération prenne des mesures immédiates, qui aillent plus loin que les simples déclarations d’intention. Il est impératif d’élaborer de nouveaux modes de vie. Nous mettons tous les individus en demeure d’adopter un style de vie dont la qualité provienne d’une part de l’attention consciente portée aux beautés de la nature et aux relations humaines, de la sollicitude mutuelle, de la dépendance, de la confiance et de la solidarité plutôt que de l’illusion de l’autonomie et de la richesse matérielle, et d’autre part de la spiritualité et du sentiment de communauté, de relations mutuelles et de proximité plutôt que de l’égocentrisme unidimensionnel. Nous sommes inspirés par les leçons des communautés autochtones ou marginalisées, qui connaissent des styles de vie riches, simples et nourris par le sentiment communautaire. Nous avons conscience de la contribution que ces communautés, qui produisent peu d’émanations de CO2, apportent à la stabilisation du climat. Nous recommandons la création de communautés «équitables, fondées sur la participation et durables» qui se soutiennent mutuellement et invitons les Eglises et les autorités à se joindre à elles sur cette voie, par la réflexion et le soutien pratique.

    OVue d’ensemble des activités œcuméniques en rapport avec la modification du climat à ce jour

    Dans ce domaine, l’activité œcuménique comporte une réflexion éthique et théologique sur des questions cruciales1: développement, transfert et distribution des ressources; action aux niveaux international et national, y compris participation constante à toutes les négociations des Nations Unies concernant la modification du climat; soutien régional à des projets situés principalement dans les pays du Sud2; actions de solidarité et de soutien en faveur des Eglises des régions qui subissent déjà les effets des changements climatiques d’origine humaine, par exemple dans le Pacifique (cf.Déclaration d’Otin Taai).

    Voici comment le Conseil œcuménique des Eglises met en œuvre son programme consacré à la modification du climat: création de réseaux de personnes engagées dans toutes les régions; partenariat avec les Eglises membres, les conseils nationaux et les organisations œcuméniques régionales pour entreprendre des activités et soutenir des projets, notamment une campagne de soutien à l’accord sur les objectifs initiaux de réduction qui sont devenus par la suite le Protocole de Kyoto; consultation d’experts scientifiques, économiques, politiques et techniques sur les questions de modification du climat examinées dans une perspective éthique; recours aux moyens de communication électroniques pour mobiliser et soutenir les réseaux; relations avec d’autres organisations intéressées au sein de la famille œcuménique et en dehors d’elle.

    Une étude sur la mobilité a été consacrée aux effets destructeurs des transports sur l’atmosphère et la santé et accompagnée de propositions constructives de solutions de rechange.

    Défis et perspectives d’avenir

    A partir des réalisations résumées plus haut et étant donné que la gravité et l’urgence des problèmes vont croissant, le Groupe de travail du COE sur la modification du climat poursuit son travail et entend relever notamment les défis suivants:

    A. Empêcher le détournement du Protocole de Kyoto :
    Nous insistons sur le fait que l’application du Protocole de Kyoto est une étape essentielle vers une politique climatologique mondiale équitable et durable. Il s’agit pour nous de relever les défis suivants: engager les pays industrialisés à atteindre leurs objectifs dans les délais acceptés et insister auprès de ceux qui causent le plus d’émissions pour qu’ils participent au processus mondial, ce qui permettra aux pays en développement de prendre des engagements appropriés en matière de réductions au cours de la prochaine étape des négociations.

    Parmi d’autres défis on peut encore citer: empêcher que le Protocole ne soit détourné pour devenir un instrument répondant aux seules lois du marché, au lieu de servir à réduire concrètement les émissions de gaz à effet de serre; susciter des efforts concertés pour recueillir des fonds permettant aux pays du Sud de faire face aux dépenses d’adaptation et de réduction, en vertu de l’égalité des droits à l’atmosphère et du principe du «pollueur payeur».

    B. Elaborer un cadre d’action pour la période postérieure à 2012:
    Nous sommes convaincus qu’il est essentiel d’adopter une approche fondée davantage sur les principes pour parvenir à une politique climatologique mondiale efficace, équitable et justifiable après 2012, date de la première période d’engagement du Protocole de Kyoto (par ex. principe d’égalité des droits; principe de précaution, priorité aux plus pauvres et aux plus faibles). Il faudra négocier des scénarios prévoyant une série d’engagements à limiter les émissions pour les pays développés et en développement, en fonction du degré et de la rapidité de leur industrialisation, sans pour autant mettre en danger le développement durable. Dans la perspective des ces négociations, le Modèle de contraction et convergence 3 constitue un point de départ utile des délibérations et négociations visant à trouver une approche mondiale de la modification du climat, qui prenne en compte la justice.

    C. Mettre l’accent sur l’adaptation aux conséquences de la modification du climat:
    Nous préconisons des mesures plus larges pour encourager les programmes d’adaptation dans les pays les plus durement touchés par la modification du climat, en accordant une attention particulière aux menaces qui pèsent sur l’approvisionnement en eau. En outre, le COE accompagne les communautés touchées par le changement climatique, tant par un ministère de solidarité et par sa présence que par un soutien concret des initiatives d’inspiration communautaire concernant les projets d’adaptation et les formes d’énergie renouvelable.

    Au cœur du soutien aux communautés touchées figure la nécessité d’une collaboration dynamique et intensive avec les organisations de secours et de développement confessionnelles et œcuméniques. Des membres de ces communautés font partie de délégations œcuméniques aux rencontres nationales, régionales et internationales, où leurs voix, leurs récits, leurs expériences et leurs recommandations peuvent jouer un rôle crucial dans les prises de position et les activités œcuméniques de défense.

    D. Transformer le modèle économique dominant:
    Nous sommes convaincus que pour atteindre ces objectifs, il convient de soumettre à une profonde transformation le modèle économique prédominant, qui met l’accent sur une croissance économique sans réserve, accompagnée de la tendance à négliger et à nier les effets destructeurs des objectifs de cette croissance sur la terre et sa population. Dans ce contexte, le COE pourrait intensifier ses efforts en vue de promouvoir des changements dans les politiques de l’industrie, de l’énergie et des transports, notamment dans les pays à forte consommation par habitant, en vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre jusqu’à concurrence de 80%. En outre, le COE devrait se soucier de mettre les entreprises transnationales et les institutions financières internationales en demeure d’assumer leurs responsabilités en vue des transformations économiques et technologiques nécessaires.

    E. Définir de nouvelles perspectives pour le témoignage et le rôle des Eglises:
    Nous invitons instamment les Eglises à exiger publiquement que l’on prenne des décisions cohérentes en vue d’appliquer les dispositions internationales concernant la modification du climat4 et de les rattacher à d’autres mesures allant dans le même sens. Cela pourrait comprendre des programmes du COE comme le processus AGAPE5, et des domaines de préoccupation cruciaux de JPC: l’eau, la biotechnologie, les problèmes de genre et le VIH/sida. En outre, les Eglises gardent un rôle d’éducatrices et d’exemples, tant pour leurs membres que pour l’ensemble de la société. La mise en œuvre de modèles vécus de styles de vie différents, qui mettent l’accent sur la valeur des relations au niveau de la planète, des familles et des communautés plutôt que sur la consommation effrénée, constitue un aspect fondamental de cette tâche.

    Notes
    1
    Accelerated Climate Change: Sign of Peril, Test of Faith, 1993; Climate Change and the Search for Sustainable Societies, 1998; Mobility – Prospects of Sustainable Mobility, 1998; The Erath’s Atmosphere – Responsible Caring and Equitable Sharing for a Global Commons, 2000; Solidarity with Victims of Climate Change, 2000; Moving Beyond Kyoto with Equity, Justice and Solidarity, 2004.
    2 Voir la Déclaration d’Otin Taai, formulée lors du Colloque sur la modification du climat, organisé par les Eglises du Pacifique à Kitibati en mars 2004, et approuvée par le Comité central du COE en février 2005.

    3
    Le modèle de contraction et convergence définit un scénario différencié en vue de la réduction des gaz à effet de serre, qui vise à atteindre à terme un niveau d’émissions viable en obtenant que les pays industrialisés réduisent graduellement leurs émissions en laissant aux pays en développement les plus pauvres la possibilité d’augmenter leurs émissions, ce qui laisse la possibilité d’un développement durable.
    4 CCNUCC: Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.
    5 Alternative Globalisation Addressing People and Earth Earth (Une mondialisation différente, soucieuse de la terre et de ses habitants).

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